Mission – Bloc colonne de droite

Les précurseurs du Conseil National du MLQ revendiquent le caractère de neutralité de l’État, de ses institutions et des services publics.

Les philosophes au salon de madame Geoffrin

La laïcité… tout simplement

La laïcité, telle que nous l’avons définie plus tôt, n’a pas besoin qu’on y ajoute un qualificatif, adjectif ou substantif, c’est la laïcité tout court. Mais depuis plusieurs années, dans des cercles intellectuels et politiques, on a vu apparaître de fausses imitations avec pour résultat d’émousser et d’affaiblir la laïcité.

Ainsi, parler de « laïcité ouverte » laisse entendre que la laïcité sans adjectif serait fermée, voire rigide, alors que la laïcité dite «ouverte» consiste dans les faits en une ouverture des institutions publiques à toute forme d’accommodement religieux, aux privilèges réclamés par telle ou telle religion, au détriment de la règle commune. Par contre, plusieurs des tenants de cette « laïcité ouverte » sont fermés à tout amendement àla Charte québécoise des droits et libertés qui affirmerait la laïcité de l’État comme valeur rassembleuse pour la société québécoise. Et ils sont encore davantage fermés à une charte de laïcité qui viendrait fixer les balises juridiques de cette laïcité dans les institutions  publiques et parapubliques. Ils ne veulent surtout pas de frein à la liberté de religion, dont l’exercice mal contrôlé est si souvent abusif, surtout à l’encontre des droits des femmes.

Il y aussi la « laïcité inclusive » laissant croire que la laïcité tout court serait porteuse d’exclusion et de discrimination. C’est le qualificatif choisi par Gérard Bouchard qui, au nom de l’interculturalisme et par souci d’équilibre, voudrait faire une place aux privilèges religieux des communautés issues de l’immigration afin de « mieux les inclure ». C’est un leurre de penser qu’en restreignant la laïcité, on va favoriser l’accès au marché du travail ou aux services de santé, et encore moins à l’égalité homme-femme. Mais du moins M. Bouchard va-t-il plus loin que Québec solidaire, lui qui désormais se dit d’accord avec une charte de la laïcité. Mais il maintient encore que d’étendre l’interdiction du port de signes religieux à l’ensemble des employés de l’État serait « excessif », ce qui n’est pas le cas selon nous.

Qu’en est-il du Parti québécois maintenant aux commandes de l’État?  Il va dans la bonne direction, assurément, quand il promet d’affirmer la laïcité dans la charte des droits et de consulter la population sur le contenu d’une charte de laïcité. Le MLQ ne peut qu’applaudir à ce programme puisque c’est nous qui avons ouvert les premiers cette perspective au Québec. Mais voilà que ce gouvernement refuse d’enlever le crucifix au-dessus du siège du Président de l’Assemblée nationale, invoquant le respect de notre patrimoine, alors que l’on sait très bien qu’il a été introduit par Duplessis en 1936 pour symboliser l’alliance de l’Église et de l’État. Il suffirait de mettre le crucifix au musée de l’Assemblée, comme symbole de notre passé catholique. Mais au nom d’une soi-disant  «laïcité patrimoniale », cet autre adjectif accolé à la laïcité pour  en réduire la portée,  le gouvernement péquiste refuserait d’appliquer la laïcité dans le Salon dela Nation?! Décidément, il aura intérêt à s’ajuster s’il veut avoir une crédibilité dans ce dossier.

Le MLQ, enfin, se distingue clairement de l’humanisme laïque ou de la « laïcité humaniste ». En tant qu’organisation laïque, le MLQ n’a rien à dire sur l’existence ou non d’une divinité ou sur le surnaturel en général, et il ne prend aucunement position dans le débat philosophique sur l’origine de l’univers et l’existence ou non de l’au-delà : ce n’est pas son mandat, tout simplement. La neutralité du MLQ au sujet de toute croyance ou incroyance en matière religieuse lui assure toute latitude pour réclamer la même neutralité de la part de l’État. Comme organisation de la société civile au sein d’un régime démocratique, le MLQ s’en tient à l’aménagement harmonieux de la vie en société, la laïcité étant d’abord et avant tout un mode de gestion des rapports sociaux plutôt qu’une idéologie relevant de la croyance ou de l’incroyance.