Hommage à Henry Morgentaler
Suite au décès du docteur Henry Morgentaler survenu en mai dernier, le Mouvement laïque québécois tient à souligner à l’instar de nombreuses associations démocratiques, féministes de même que différentes personnalités sa grande détermination à faire respecter le droit à la liberté de conscience dans le cas de grossesse non désirée.
En effet, le MLQ a remis en 1994 le prix Condorcet, lui-même un des premiers philosophes à promouvoir l’adoption d’une charte des droits fondamentaux, au docteur Morgentaler, grand humaniste qui n’a pas hésité à payer de sa personne pour contester des lois et des institutions qui brimaient le droit fondamental à obtenir des services médicaux nécessaires à la sécurité physique et psychologique de la personne.
Au tout début des années 70 et avant même l’adoption des Chartes des droits, il réclamait le droit fondamental à une audition publique que le juge lui refusait à son enquête préliminaire pour une accusation de complot en vue de commettre un avortement. Il invoquait alors vainement le principe de l’égalité de tous devant la loi et demandait l’annulation de l’article du code criminel permettant le contrôle de l’état sur les interventions chirurgicales.
Ce n’était pas encore assez comme victoire pour les droits humains. Dr Morgentaler a continué sa lutte partout au Canada et il obtenait en 1988 un jugement majeur de la Cour Suprême, laquelle par la voie de la juge Bertha Wilson, édictait ce qui suit:
La notion de dignité humaine trouve son expression dans presque tous les droits et libertés garantis par la Charte. Les individus se voient offrir le droit de choisir leur propre religion et leur propre philosophie de vie, de choisir qui ils fréquenteront et comment ils s’exprimeront, où ils vivront et à quelle occupation ils se livreront. Ce sont tous là des exemples de la théorie fondamentale qui sous-tend la Charte, savoir que l’État respectera les choix de chacun et, dans toute la mesure du possible, évitera de subordonner ces choix à toute conception particulière d’une vie de bien.
Ainsi, un aspect du respect de la dignité humaine sur lequel la Charte est fondée est le droit de prendre des décisions personnelles fondamentales sans intervention de l’État. Ce droit constitue une composante cruciale du droit à la liberté. La liberté, comme nous l’avons dit dans l’arrêt Singh, est un terme susceptible d’une acception fort large. À mon avis, ce droit, bien interprété, confère à l’individu une marge d’autonomie dans la prise de décisions d’importance fondamentale pour sa personne.
En faisant progresser le droit des femmes sur cette question, le Dr Morgentaler a contribué, pour le bénéfice de toute une société, à affranchir la conduite personnelle des diktats religieux.
Chaque fois que Dr Morgentaler a contesté la validité d’une loi, il faisait avancer la cause de la laïcité parce qu’il faisait ainsi prévaloir le droit à la liberté de conscience dans nos institutions.
Nous voulons aussi souligner que le docteur Henry Morgentaler était membre honoraire du MLQ depuis 1994 et a contribué par une somme substantielle à la mise sur pied de la revue humaniste Cité laïque (1994-2011).
