Quatre québécoises d’origine nord-africaine députées candidates pour le Parti Québecois
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Quatre québécoises d’origine nord-africaine sans signes religieux avec des parcours professionnels différents ont choisi de s’engager en politique, pour le Parti Québécois, en plein débat sur la laïcité…
Par Ali Kaidi
Quatre québécoises d’origine nord-africaine sans signes religieux avec des parcours professionnels différents ont choisi de s’engager en politique, pour le Parti Québécois, en plein débat sur la laïcité. Trois algériennes et une marocaine. Les Algériennes sont: Mme Djemila Benhabib, essayiste et féministe laïque engagée; Mme Yasmina Chouakri, Chercheuse associée à la Chaire de recherche sur l’immigration de l’UQAM et ex-présidente du Réseau d’action pour l’égalité des femmes immigrées et racisées du Québec (RAFIQ); Mme Leila Mahiout, diplômée en génie informatique et vice-présidente du Festival du Monde Arabe de Montréal. Enfin, la Marocaine, Mme Abitbol Évelyne, ex-directrice des affaires publiques de l’Université Concordia.
Les profils respectifs des quatre candidates témoignent de la capacité et des ressources d’intégration citoyenne que les immigrants possèdent. C’est à ce potentiel universel que la politique d’immigration doit faire appel pour garantir une intégration citoyenne et non pas au particularisme religieux de chacune et de chacun qui pousse à l’enfermement.
Ces trois candidates représentent un cocktail et une pluralité culturelle qui ressemble fort bien au contexte culturel nord-africain. Cette richesse les dispose à l’altérité. En acceptant la participation de ces femmes nord-africaines laïques à la course à la députation, le PQ répond, d’une façon intelligente – très ouverte et avec du concret –aux pourfendeurs de la charte de la laïcité qu’ils qualifient à tort d’exclusive, de discriminatoire envers les immigrants, en l’occurrence les musulmanes portant le voile ; bien mieux, ils accusent par la même occasion les défenseurs de la charte de xénophobes, d’islamophobes, voire même de nazis, alors qu’en vérité la proposition est simplement citoyenne, plus égalitaire. Car cette laïcité n’avantage en rien une religion sur une autre, elle est ouverte aux immigrants et à la diversité.
En fait, le PQ a choisi une démarche qui s’oppose à ce que le Parti libéral québécois défend, puisque, celui-ci, tout en se disant inclusif et ouvert aux minorités, s’est distingué lors du débat sur la laïcité en exprimant son ouverture aux minorités intégristes. Ce qui a laissé perplexe beaucoup d’immigrantes et d’immigrants, dans la mesure où le PLQ a démontré concrètement sa fermeture envers les minorités modérées, aveuglé qu’il est par des stéréotypes et des préjugés qui l’empêchent d’admettre qu’il puisse exister des femmes d’origine nord-africaine parfaitement laïques. C’est dire qu’une femme ne portant pas de signes religieux ostentatoires lui est une femme invisible, inaudible; pire, elle perturbe le mythe que le PLQ a construit sur les femmes de confession musulmane. Aussi, s’est-il montré, d’une part très ouvert aux islamistes en lançant une invitation aux femmes portant le tchador à le rejoindre, et de l’autre intolérant et exclusif à l’égard des femmes musulmanes modernes qui ne portent pas de signes religieux en excluant de son camp Mme Fatima Hodin Pépin, la seule députée musulmane à l’assemblée nationale du Québec.
Par ailleurs, le débat sur la laïcité a offert un espace démocratique, une occasion politique inespérée aux immigrants nord-africains laïcs pour exposer leurs opinions dans la place publique. Ils ont saisi l’opportunité, d’abord, pour manifester leur citoyenneté et leur attachement aux valeurs universelles issues des Lumières, ensuite, pour se dissocier du discours islamiste qui donne une image désastreuse des musulmans en les associant aux revendications islamistes. Il ne faut pas ignorer que ce discours archaïque travaille la communauté musulmane de l’intérieur depuis des années et sa stratégie consiste à amplifier les attitudes et les idées d’intolérance et d’enfermement afin de développer des résistances à l’intégration citoyenne.
Le moins que nous puissions dire est que le discours que ces femmes et bien d’autres citoyennes et citoyens rejettent provoque le repliement et l’enferment identitaire et met à mal toute tentative d’intégration citoyenne. Se dissocier du discours islamiste pour les immigrants(es) d’origine nord-africaine est une exigence citoyenne et un signe d’ouverture envers les autres nécessaire pour un vivre ensemble harmonieux et démocratique.
Certes, ces quatre femmes avec leurs candidatures et bien d’autres immigrants dans la vie de tous les jours montrent que le discours islamiste ne représente pas tous les immigrants provenant de l’Afrique du Nord. Mais malheureusement, ce que nous constatons est que ces derniers sont souvent représentés par l’image d’islamistes, et que d’ailleurs beaucoup de Québécois préfèrent les voir ainsi pour communiquer avec eux à travers cette image au lieu de celle que les immigrants laïcs et démocrates véhiculent. C’est la preuve même qu’il est insensé de dire que les signes religieux ne transmettent pas de messages; car cela relève du mépris envers ceux qu’ils ne les exhibent pas et qui luttent pour une reconnaissance citoyenne.
Evelyne Abitbol: candidate du PQ dans l’Acadie (Montréal). Ex-directrice des affaires publiques de l’Université Concordia.
Le plus grand problème dont soufrent les immigrants laïcs, après le chômage, est qu’ils ne sont pas reconnus en tant que citoyens. Souvent, on les renvoie de facto à leurs appartenances religieuses ; on leur rappelle même leurs exigences religieuses à chaque fois que l’occasion de débattre sur des questions politiques ou sociales se présente.
La majorité des Québécois pensent que tous les immigrants provenant de l’Afrique du Nord sont tous arabes, ce qui est complètement faux, car il y a énormément de berbères parmi eux. Bien des québécois sont convaincus aussi qu’ils sont tous musulmans, ce qui est encore un grand malentendu, car il y a parmi eux des athées, des juifs, des chrétiens, etc. Ils pensent par ailleurs qu’ils sont tous islamistes, ce qui est non seulement ironique mais dangereux, car, parmi les musulmans, il existe des laïcs et des citoyens qui croient aux idéaux de la démocratie. Pour beaucoup de québécois, c’est on ne peut plus clair, le musulman et la musulmane sont trés attachés à leurs signes religieux, alors qu’il n’en est rien, puisque on peut être musulman sans porter aucun signe religieux.
Il faut le dire, un travail pédagogique s’impose ; il doit se faire à ce niveau de la part de ces candidates pendant cette compagne pour déconstruire ce mythe qui voile la réalité culturelle et cultuelle des immigrants.
Il faut le reconnaître cependant que ces quatre femmes incarnent cette diversité et ce pluralisme culturel et cultuel nord-afriain. En elles, nous pouvons voir l’immigrant ou l’immigrante arabophone, berbérophone, musulman et non-musulman. Cependant, grâce aux valeurs de la laïcité et de la démocratie auxquelles elles adhérent, ces particularismes ne sont pas chez ces femmes des obstacles pour la citoyenneté, mais bien au contraire des atouts qui consolident leur engagement citoyen.
Notre souhait est de les voir développer une autre image des immigrants loin des clichés et des stéréotypes auxquels les islamistes et leurs acolytes ont réduit l’immigrant, et aussi de les voir représenter un discours qui fait de l’intégration citoyenne des immigrants un projet de société inhérent au processus de laïcisation du Québec.
De Gauche à droite: Laila Mahiout, Pauline Marois(Première ministre), Yasmina Chouakri et Abitbol Évelyne (Photo prise pour KabyleUniversel par Ali Kaidi)
Ces femmes revendiquent à travers leur engagement avec le PQ une laïcité qui respecte l’autonomie individuelle et avantage l’égalité citoyenne. Elles ne veulent pas de la ghettoïsation que le multiculturalisme impose par sa tendance à réduire l’identité culturelle à l’appartenance religieuse seulement. Elles pensent comme beaucoup d’immigrants et d’immigrantes que la laïcité est susceptible de créer les conditions de tolérance et de garantir la liberté de conscience pour tous les citoyennes et les citoyens sans aucune distinction. Elles sont convaincues que l’intégration doit se faire essentiellement à partir de ce qui est universel chez les immigrants et immigrantes et non pas à partir de ce qu’ils ont de spécifique en eux ou elles, en l’occurrence la religion. Car, la place de celle-ci est dans la sphère privée et cela évidemment pour le bien de l’individu en tant que citoyen mais aussi en tant que croyant ou non croyant.
En effet, tout le monde sait que nous ne pouvons pas appartenir à deux identités religieuses en même temps, la logique de toutes les religions l’implique, faut-il le rappeler, mais, comme tout le monde peut le constater, chacun de nous peut parler plusieurs langues, manger des plats de diverses origines, écouter des musiques venues des quatre coins de la terre, etc. La culture ne se réduit pas à la religion ; elle est plus large, plus riche qu’elle ; c’est pour cette raison qu’elle doit se libérer de sa domination si elle veut éviter la sclérose historique et garder son vitalisme.
Ce que les immigrants attendent de ces candidates est de dire haut et fort que le savoir, les compétences et les expériences professionnelles des immigrants sont des éléments qui contiennent des matériaux universels susceptibles de dépasser les résistances culturelles et surtout d’atténuer le rejet religieux de l’autre. Il faut que les politiques publiques d’intégration les exploitent et les mettent en valeur.
La tâche de ces femmes est rude, mais possible, salvatrice, efficace pour sortir des stéréotypes. L’engagement des immigrants et des immigrantes dans les débats politiques est un signe qui met à mal les statistiques démographiques muettes et abstraites que l’on nous sort occasionnellement dans le débat public pour illustrer l’échec de l’intégration des immigrant ; il donne à voir enfin des individus autonomes qui aspirent à exercer leurs droits citoyens. Les immigrants ne représentent pas des problèmes sociaux, ne sont pas une entité homogène d’individus passifs trop attachés à leur religion et ils ne sont pas non plus mineurs sur le plan politique. Bien au contraire, ils sont une force politique de proposition qui aspire à participer à la gestion de la chose publique pour le bien de tout le Québec.
Faites confiance à ces femmes citoyennes, elles ont beaucoup à offrir au Québec qui les a accueillies. Ces québécoises d’origine nord-africaine démontrent par leur engagement politique que lorsque le particularisme se met au service de l’universel, la citoyenneté prend le dessus sur le communautarisme, et l’intégration harmonieuse des immigrants et des immigrantes devient possible, constructrice…
Par Ali Kaidi

Bernard La Rivière dit:
17 Mar, 14 a 17 h 48 minMille mercis à vous quatre et à l’à la fois cinquième et première, Djemila.