Quatre québécoises d’origine nord-africaine députées candidates pour le Parti Québecois

http://www.kabyleuniversel.com/2014/03/16/quatre-quebecoises-dorigine-nord-africaine-deputees-candidates-pour-le-parti-quebecois/

Quatre québécoises d’origine nord-africaine sans signes religieux avec des parcours professionnels différents ont choisi de s’engager en politique, pour le Parti Québécois,  en plein débat sur la laïcité… 

 Par Ali Kaidi 

Yasmina Chouakri: candidate du PQ dans Anjou-Louis-Riel (Montréal). Chercheuse associée à la Chaire de recherche sur l’immigration de l’UQAM et ex-présidente du Réseau d’action pour l’égalité des femmes immigrées et racisées du Québec (RAFIQ)

Quatre  québécoises d’origine nord-africaine sans signes religieux avec des parcours professionnels différents ont choisi de s’engager en politique, pour le Parti Québécois,  en plein débat sur la laïcité.  Trois algériennes et une marocaine.  Les Algériennes sont:  Mme Djemila Benhabib,  essayiste et féministe laïque engagée; Mme Yasmina Chouakri, Chercheuse associée à la Chaire de recherche sur l’immigration de l’UQAM et  ex-présidente du  Réseau d’action pour l’égalité des femmes immigrées et racisées du Québec (RAFIQ); Mme Leila Mahiout,  diplômée en génie informatique et vice-présidente du Festival du Monde Arabe de Montréal. Enfin, la Marocaine, Mme Abitbol Évelyne, ex-directrice des affaires publiques de l’Université Concordia.

Leila Mahiout: candidate du PQ dans Bourassa-Sauvé (Montréal). Diplômée en génie informatique et vice-présidente du Festival du Monde Arabe de Montréal

Les profils respectifs des quatre candidates témoignent de la capacité et des ressources d’intégration citoyenne que les immigrants possèdent. C’est à ce potentiel universel que la politique d’immigration doit faire appel pour garantir une intégration citoyenne et non pas au  particularisme religieux de chacune et de chacun qui pousse  à l’enfermement.

Ces trois candidates  représentent un cocktail et une pluralité culturelle qui ressemble fort bien au contexte culturel nord-africain. Cette  richesse les dispose à l’altérité. En acceptant la participation de  ces femmes nord-africaines  laïques  à la course à la députation, le PQ répond, d’une façon intelligente  – très ouverte  et avec du concret –aux pourfendeurs de la charte de la  laïcité qu’ils qualifient à tort d’exclusive, de discriminatoire envers  les immigrants, en l’occurrence les musulmanes portant le voile ; bien mieux, ils  accusent par la même occasion les défenseurs de la charte de  xénophobes, d’islamophobes, voire même  de nazis, alors qu’en vérité la proposition est simplement citoyenne, plus égalitaire. Car cette laïcité n’avantage  en rien  une  religion sur une autre, elle est ouverte aux immigrants et à la diversité.

En fait, le PQ a choisi une  démarche qui s’oppose à  ce que le Parti libéral québécois défend, puisque, celui-ci,  tout en se disant inclusif et ouvert aux  minorités,  s’est distingué lors du débat sur la laïcité en exprimant son  ouverture  aux  minorités intégristes. Ce qui a laissé perplexe beaucoup d’immigrantes et d’immigrants, dans la mesure où le PLQ  a démontré concrètement sa fermeture envers les minorités modérées, aveuglé qu’il est par des stéréotypes et des préjugés qui l’empêchent  d’admettre qu’il puisse exister des femmes d’origine nord-africaine  parfaitement laïques. C’est dire qu’une femme ne portant pas de signes religieux ostentatoires lui est une femme invisible, inaudible; pire, elle perturbe le mythe que le PLQ  a construit sur les femmes de confession musulmane. Aussi, s’est-il  montré,  d’une part  très ouvert aux  islamistes en lançant une invitation aux femmes portant le tchador à le rejoindre, et de l’autre intolérant et exclusif  à l’égard  des femmes musulmanes modernes qui ne portent pas de signes religieux en  excluant  de son camp Mme Fatima Hodin Pépin, la seule députée musulmane à l’assemblée nationale du Québec.

Parlement du Québec

Par ailleurs, le débat sur la laïcité a offert un espace   démocratique, une occasion politique  inespérée aux immigrants nord-africains laïcs pour exposer leurs opinions dans la place publique. Ils ont saisi l’opportunité, d’abord, pour  manifester leur citoyenneté et leur attachement aux valeurs universelles issues des Lumières, ensuite,  pour se dissocier du discours islamiste qui donne une image désastreuse des musulmans en  les  associant  aux revendications islamistes. Il ne faut pas ignorer que ce  discours archaïque  travaille la communauté musulmane de l’intérieur depuis des années et sa stratégie consiste à  amplifier les attitudes et les  idées  d’intolérance et d’enfermement afin de développer des résistances à l’intégration citoyenne.

Le moins que nous puissions  dire est que le discours que ces femmes et bien d’autres citoyennes et citoyens rejettent provoque le repliement et l’enferment identitaire et met à mal toute tentative d’intégration citoyenne. Se dissocier du discours islamiste pour les immigrants(es) d’origine nord-africaine est une exigence citoyenne et un signe d’ouverture envers les autres nécessaire pour un vivre ensemble harmonieux et démocratique.

Certes, ces quatre femmes avec leurs candidatures et bien d’autres immigrants dans la vie de tous les jours montrent que le discours islamiste ne représente pas tous les immigrants provenant de l’Afrique du Nord. Mais  malheureusement, ce que  nous constatons est que ces derniers sont souvent représentés par l’image d’islamistes, et  que d’ailleurs  beaucoup de Québécois préfèrent les voir ainsi pour communiquer avec eux  à  travers cette image au lieu de celle que les immigrants laïcs et démocrates véhiculent. C’est la preuve même qu’il est insensé de  dire  que  les signes religieux ne transmettent  pas de messages; car cela relève du mépris envers ceux qu’ils ne  les exhibent pas  et qui luttent  pour une reconnaissance citoyenne.

Evelyne Abitbol: candidate du PQ dans l’Acadie (Montréal). Ex-directrice des affaires publiques de l’Université Concordia.

Le plus grand problème dont soufrent les immigrants laïcs, après le chômage,  est qu’ils ne sont pas reconnus en tant que citoyens. Souvent, on les renvoie  de facto à leurs appartenances religieuses ; on leur rappelle même leurs exigences religieuses à chaque fois que l’occasion de débattre sur des questions politiques ou sociales se présente.

La majorité des Québécois  pensent que tous les immigrants provenant de l’Afrique du Nord sont tous arabes,  ce  qui est complètement  faux, car  il y a énormément de berbères parmi eux. Bien des québécois sont convaincus aussi qu’ils sont tous musulmans, ce qui est encore un grand malentendu, car il y a parmi eux des athées, des juifs, des chrétiens, etc.  Ils pensent par ailleurs qu’ils sont tous islamistes, ce qui est non seulement ironique mais dangereux, car, parmi les musulmans, il existe des laïcs et des citoyens qui croient aux idéaux de  la démocratie. Pour beaucoup de québécois, c’est on ne peut plus clair, le musulman et la musulmane sont  trés attachés à leurs signes religieux, alors qu’il n’en est rien, puisque on peut être musulman sans porter aucun signe religieux.

     Il faut le dire, un travail pédagogique s’impose ; il  doit se faire à ce  niveau  de la part de ces candidates pendant cette compagne pour déconstruire ce mythe qui voile la réalité culturelle et cultuelle des immigrants.

Il faut le reconnaître cependant que ces quatre femmes incarnent cette  diversité et ce  pluralisme culturel et cultuel nord-afriain. En elles, nous pouvons  voir l’immigrant ou  l’immigrante arabophone, berbérophone, musulman et non-musulman. Cependant, grâce aux valeurs de la laïcité et de la démocratie auxquelles elles adhérent, ces particularismes ne sont pas chez ces femmes  des obstacles pour  la citoyenneté, mais bien au contraire des atouts qui consolident leur engagement citoyen.

Notre souhait est de les voir développer  une autre image des immigrants loin des clichés et des stéréotypes auxquels les islamistes et leurs acolytes ont réduit l’immigrant, et aussi de les voir représenter  un discours qui fait de l’intégration citoyenne des immigrants un projet de société inhérent au processus de laïcisation du Québec.

De Gauche à droite: Laila Mahiout, Pauline Marois (Première ministre), Yasmina Chouakri et Abitbol Évelyne (Photo prise pour KabyleUniversel par Ali Kaidi)

De Gauche à droite: Laila Mahiout, Pauline Marois(Première ministre), Yasmina Chouakri et Abitbol Évelyne (Photo prise pour KabyleUniversel par Ali Kaidi)

Ces femmes revendiquent à travers leur engagement avec le PQ une laïcité qui respecte l’autonomie individuelle et avantage l’égalité citoyenne. Elles ne veulent pas de  la ghettoïsation que le multiculturalisme impose par sa tendance à réduire l’identité culturelle à l’appartenance religieuse seulement. Elles pensent comme beaucoup d’immigrants et d’immigrantes que la laïcité est susceptible de créer  les conditions de  tolérance et de garantir la liberté de conscience pour tous les citoyennes et les citoyens sans aucune distinction. Elles sont convaincues que l’intégration  doit se faire essentiellement à partir de ce qui est universel chez les immigrants  et  immigrantes et non pas à partir  de ce qu’ils ont de spécifique en eux ou elles, en l’occurrence la religion. Car, la place de celle-ci est dans la sphère privée et cela évidemment pour le bien de l’individu en tant que citoyen mais aussi en tant que croyant ou non croyant.

Djemila Benhabib: Candidate du PQ dans Mille-Iles (Laval – banlieue nord de Montréal)

En effet, tout le monde sait que  nous ne pouvons pas appartenir à deux identités religieuses en même temps, la logique de toutes les religions l’implique, faut-il le rappeler, mais, comme tout le monde peut le constater,  chacun de nous peut parler  plusieurs langues, manger des plats de diverses origines, écouter des musiques venues des quatre coins de la terre, etc. La culture ne se réduit pas à la religion ; elle est plus large, plus riche qu’elle ; c’est pour cette raison qu’elle  doit se libérer de sa  domination si elle  veut éviter la sclérose historique et  garder son vitalisme.

Ce que les immigrants attendent de ces candidates est de dire haut et fort que le  savoir, les compétences et les expériences professionnelles des immigrants  sont des éléments qui contiennent des matériaux universels susceptibles de dépasser les résistances culturelles et surtout d’atténuer le rejet religieux de l’autre. Il faut  que les politiques publiques d’intégration les  exploitent  et les mettent  en valeur.

La tâche de ces femmes est rude, mais possible, salvatrice, efficace pour sortir des stéréotypes. L’engagement des immigrants et des immigrantes dans les débats politiques est un signe qui met à mal les statistiques démographiques muettes et abstraites que l’on nous sort occasionnellement dans le débat public pour illustrer l’échec de l’intégration des immigrant ; il donne à voir enfin des individus autonomes qui aspirent à exercer leurs droits citoyens. Les immigrants ne représentent pas  des problèmes sociaux, ne sont pas une entité homogène d’individus passifs trop attachés à leur religion  et ils ne sont pas non plus mineurs sur le plan politique. Bien au contraire, ils sont une force politique de proposition qui aspire à participer à  la gestion de la chose publique pour le bien de tout le Québec.

Faites confiance à ces femmes citoyennes, elles ont beaucoup à offrir  au Québec qui les a accueillies.  Ces québécoises d’origine nord-africaine démontrent  par leur engagement politique que lorsque le particularisme se  met  au service  de l’universel, la citoyenneté prend le dessus sur le communautarisme, et l’intégration harmonieuse des immigrants et des immigrantes devient possible, constructrice…

Par Ali Kaidi

Votre réponse à “Quatre québécoises d’origine nord-africaine députées candidates pour le Parti Québecois”

  1. Bernard La Rivière dit:

    17 Mar, 14 a 17 h 48 min

    Mille mercis à vous quatre et à l’à la fois cinquième et première, Djemila.


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