ECR, Lettre au Ministre Blais

Montréal le 22 mai 2015

M. François Blais
Ministre de l’Éducation, de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche
Gouvernement du Québec

 

Monsieur le ministre

Lors de la commission parlementaire sur l’ex-projet de loi 60 portant sur la laïcité, le Mouvement laïque québécois avait réclamé l’abolition du cours Éthique et culture religieuse qui constitue ni plus ni moins qu’un prolongement du cours d’enseignement religieux prévalant dans les anciennes écoles confessionnelles. À l’enseignement religieux catholique et protestant, on a tout simplement ajouté les enseignements religieux juif, musulman et bouddhiste ainsi que les croyances amérindiennes.

Déjà en 2008, des représentants du Mouvement laïque avaient rencontré madame Courchesne, ministre de l’Éducation à cette époque, et avaient déploré cette situation et avaient mentionné qu’aucune mention de l‘athéisme ou de l’absence de croyance figurait dans ce programme.

Cette prévalence de l’enseignement religieux, présenté sous une approche soit disant culturelle, présente les mêmes atteintes à la liberté de conscience et au droit à l’égalité que l’ancien enseignement religieux confessionnel.

Deux récents jugements de la Cour suprême du Canada nous amènent à réclamer à nouveau l’abolition de ce cours.

Le jugement concernant le collège Loyola reconnaît à ce collège catholique le droit de dispenser les contenus catholiques du cours ÉCR de la façon dont il l’entend. Il en irait de la liberté de religion des parents qui placent leurs enfants dans ce collège. Ce cours n’a donc pas mis fin au clivage religieux qui risque de s’amplifier entre les diverses écoles selon un modèle communautarien qui ne présage rien de bon pour le « vivre ensemble » recherché par le cours ÉCR.

Le jugement de la Cour suprême sur les prières municipales donne des balises très claires que doit respecter l’État en matière de neutralité religieuse. À l’unanimité, les juges écrivent en effet que :
«l’État ne doit pas s’ingérer dans le domaine de la religion et des croyances. L’État doit plutôt demeurer neutre à cet égard, ce qui exige qu’il ne favorise ni ne défavorise aucune croyance, pas plus que l’incroyance.»

Manifestement, le cours ÉCR s’ingère dans les croyances et favorise la croyance religieuse, ce qui viole le principe de neutralité selon les exigences de la Cour. Il viole aussi le droit à l’égalité en excluant de ses contenus tout modèle de vie exempt de références religieuses, ce qui est une prise de position en défaveur de l’incroyance ou même de la non-pratique religieuse.

Pendant plus de 20 ans, le Mouvement laïque québécois s’est battu contre le régime d’exemption de l’enseignement religieux afin de lutter contre l’exclusion. Il ne serait donc pas question pour nous d’y revenir. Nous réitérons donc notre demande d’abolir dans les plus brefs délais le programme Éthique et culture religieuse imposé à tous et de le remplacer par un cours plus rassembleur, plus inclusif et plus respectueux des droits chacun.

 

Veuillez accepter, Monsieur le ministre, l’expression de nos considérations les meilleures.

Lucie Jobin,
présidente du Mouvement laïque québécois

4 Responses à “ECR, Lettre au Ministre Blais”

  1. Guylaine dit:

    23 Mai, 15 a 22 h 42 min

    Bonjour,

    Je vous écris pour vous demandez de devenir partenaire avec les Marguerites Sans Frontières.org

    http://www.margueritessansfrontieres.org/

    Je suis celle qui a partis ce site avec Vigilance Laïque aussi.

    Laissez nous savoir,

    Merci

    Guylaine St-Pierre

  2. Mouvement laïque québécois » L@ïcité (mai 2015) dit:

    24 Mai, 15 a 13 h 53 min

    […] et son remplacement par un cours plus rassembleur et plus respectueux des convictions de tous. La lettre est publiée […]

  3. Nadia Fahmy-Eid dit:

    25 Mai, 15 a 14 h 24 min

    Je suis d’accord en ce qui concerne les dérives auxquelles peut donner lieu le cours ECR tel qu’il se présente actuellement.
    Par ailleurs il y a certainement un besoin – et même un besoin criant – de cours d’ÉTHIQUE dans nos écoles, autant primaires que secondaires. Cours d’éthique axé sur des valeurs humanistes. Et ce serait même important qu’un tel cours soit instauré dès la maternelle.
    Il n’est jamais trop tôt en effet pour commencer à apprendre très jeune le respect de l’autre et de ses besoins, apprendre à respecter les différences (sexe, ethnie etc.), apprendre à pratiquer l’entraide et le partage. Bref à apprendre le vivre-ensemble.
    De la maternelle jusqu’à la fin du secondaire et plus…ce type d’enseignement éthique demeure, lui, essentiel pour toute société. Et meme essentiel pour la simple survie de notre espèce sur cette planète.

    Or,je ne pense pas du tout qu’il en va de même pour l’enseignement des religions dans leur ensemble.
    Même si on doit admettre que bien des humains ont besoin de croire ou d’adhérer à une religion pour continuer à vivre et espérer, l’enseignement des religions n’est pas du ressort ni de la responsabilité de l’État, mais de celui des diverses Églises et groups religieux qui les représentent. La seule responsabilité de l’État étant de s’assurer que cet enseignement ne prône pas des valeurs ou des comportements qui risquent de nuire aux exigencies du vivre-ensemble..

  4. paul caden dit:

    25 Mai, 15 a 20 h 38 min

    Fin de tout renseignement réligieux et fin au support aux écoles juives etc.


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