Le Rassemblement pour la laïcité s’insurge contre le simulacre de laïcité de l’État proposé par le gouvernement Couillard

Le Rassemblement pour la laïcité s’insurge contre le simulacre de laïcité de l’État proposé par le gouvernement Couillard

Montréal, le 11 juin 2015

Le Rassemblement pour la laïcité (RPL) exprime son profond désaccord avec l’orientation privilégiée par le gouvernement Couillard pour promouvoir la neutralité de l’État et contrer l’action du djihadisme au Québec. Les deux projets de loi (59 et 62) et le plan d’action présentés par le gouvernement procèdent manifestement d’un évitement des questions fondamentales. Ils font la promotion du fait religieux et de la censure; ils sont à cent lieues des aspirations du peuple québécois à une réelle laïcité de l’État et des organismes publics.

Un déni de la neutralité religieuse de l’État

Le projet de loi 62 proclamant la neutralité de l’État ne réfère aucunement au concept de laïcité et ne prône pas non plus la séparation de l’État et des religions. Qui plus est, ce projet de loi se situe en deçà de la logique minimale du récent jugement de la Cour suprême concernant la récitation de la prière au Conseil municipal de Saguenay. En l’occurrence, il ne prévoit rien pour préserver la liberté de conscience des individus au sein de l’État et des organismes publics. Le projet décrète par ailleurs que les membres du personnel des organismes publics doivent respecter « le devoir de neutralité religieuse dans l’exercice de leurs fonctions » tout en leur permettant de porter des signes religieux. Le RPL considère que ce raisonnement est d’une totale incohérence, puisque tout symbole, pratique ou signe religieux est porteur d’un message, très souvent de valeurs discriminatoires ou croyances obscurantistes.

L’interdiction du niqab et de la burqa dans l’offre et la réception des services publics représente une prescription minimaliste attendue au Québec depuis longtemps, d’autant plus que ces tenues vestimentaires avilissantes et asservissantes ne sont aucunement prescrites par l’islam. Aussi, comment le projet de loi peut-il donner son aval au tchador pour le personnel des organismes publics? Comment peut-il laisser libre cours au niqab et à la burqa dans les municipalités? En vertu de quelle neutralité ce projet de loi peut-il laisser faire des pratiques reliées à des fêtes religieuses dans les services de garde è l’enfance, ce qui contredit la liberté de conscience des enfants dont les parents sont incroyants ou adeptes d’une autre religion? Le projet de loi 62 ouvre ainsi la porte à toutes les influences religieuses ou communautaristes au sein des services publics, au mépris de l’égalité des citoyens et de l’universalité de la sphère publique. Il évince également la question de la neutralité des élus et de la présence du crucifix dans l’enceinte de l’Assemblée nationale tout comme celle du financement des écoles religieuses et des exemptions fiscales inappropriées.

Lutte contre les discours haineux ou contre le droit à la critique des religions?

Pour sa part, le projet de loi 59 concernant la lutte contre les discours haineux et ceux incitant à la violence pose un problème majeur. Dans un premier temps, le projet ne donne aucune définition de ce que serait un discours haineux, laissant place à l’arbitraire total. Il présuppose à tort (comme le plan d’action déposé contre la radicalisation) que les projets de jeunes djihadistes répertoriés au Québec seraient prétendument dus à certains propos islamophobes ou xénophobes. Ces derniers, selon l’esprit de ce projet de loi, inciteraient les jeunes musulmans à se lancer dans des dérives islamistes. Le RPL s’oppose vertement à cette vision des choses. Nous prétendons que ce qui engendre certaines réactions parmi la population, et c’est malheureux, ce sont notamment les exactions de l’islamisme et du djihadisme qui, depuis des décennies, sont dirigées contre les femmes, les homosexuels, les libertés démocratiques et la libre expression culturelle. L’intégrisme musulman et l’islamisme nourrissent eux-mêmes l’islamophobie qui finit malheureusement par se traduire par un rejet de l’ensemble de la communauté musulmane, laquelle, dans une très large proportion, s’intègre pourtant bien à la société québécoise.

Il y a aussi d’autres intégrismes qui nourrissent cette réprobation, qu’ils soient catholiques, hassidiques ou sikhs. Pour cette raison, le RPL proclame haut et fort le droit démocratique fondamental de critiquer les religions ainsi que le droit au blasphème. Tout citoyen a le droit de dénoncer les dérives des religions ou des intégrismes. Pourquoi prévoir des dispositions législatives visant à contrer les « discours haineux » alors qu’il y a déjà des dispositions dans le Code criminel contre la diffamation, les discours haineux et l’incitation à la violence? Le RPL interroge sérieusement les objectifs poursuivis par ce projet de loi, contraires à un projet laïque de société. Est-ce une nouvelle forme de bâillon qu’on veut imposer dans la critique des religions?

Un plan famélique contre la radicalisation

Enfin, le plan d’action soumis par le gouvernement pour contrer la radicalisation est famélique. Il prévoit notamment la création d’un centre de prévention de la radicalisation et d’un service téléphonique. Par contre, il est également muet sur le discours intégriste et islamiste prévalant dans la société québécoise, lui qui représente la « nourriture idéologique » du djihadisme. Tout plan sérieux de prévention et de lutte contre la radicalisation devrait comporter un plan concerté du gouvernement et des organismes publics, dont les institutions d’enseignement, visant à déconstruire et contrer le discours intégriste et islamiste auprès des jeunes Québécois, prôner la laïcité ainsi que le respect de la liberté de conscience et de la liberté d’expression.

 

Le Rassemblement pour la laïcité regroupe 21 associations, dont l’Association humaniste du Québec, La Coalition laïcité Québec, l’Association québécoise des Nord-Africains pour la laïcité, les Libres penseurs athées, le Mouvement laïque québécois et Pour les droits des femmes du Québec. Sa plateforme est endossée par plus de 62 000 personnes.

 

Communiqué du RPL.Projets de loi 59 et 62. 11 juin 2015

Votre réponse à “Le Rassemblement pour la laïcité s’insurge contre le simulacre de laïcité de l’État proposé par le gouvernement Couillard”

  1. forcier denis dit:

    19 Juil, 15 a 21 h 04 min

    Bonjour, je suis bien d’accord avec vos observations critiques à l’endroit du projet de loi 62. Vous les faites, cependant, au nom de la laïcité classique qui veut séparer visuellement les pouvoirs de l’État de ceux des religions.Il s’agit là d’une entreprise aujourd’hui plutôt théorique voire inutile car les religions au Québec n’ont pas de pouvoirs sauf une capacité morale d’influence. C’est très différent de la France de 1905 ou du Québec d’avant 196O . À ces époques, l’Église catholique avait un réel pouvoir, il fallait la distancier du pouvoir civil.En France ça été fait avec la loi de 1905 concernant la laïcité des institutions ( en passant ce fut une sorte de concordat entre l’Église et le pouvoir civil ) .Au Québec , cela a été fait par la sécularisation et le retrait progressif et volontaire des habits religieux dans l’espace public.
    Notre problème au Québec nous vient ou nous est revenu à la suite de l’adoption de la Charte canadienne des droits qui fut imposée au Québec en 1982 à partir de laquelle la Cour suprême reconnait dans ses jugement la totale libre expression religieuse individuelle sans égard aux valeurs de la société québécoise ( on peut pas blâmer les minorités religieuses et les conservateurs québécois d’en profiter ). Entre vous et moi, tant que nous serons dans le Canada, ce sera comme cela ou en pire .Un bon exemple est le projet de loi 62 du gouvernement libéral fédéraliste.
    Opposer à ce modèle canadien de neutralité le modèle de laïcité classique à la française est vain et contre-productif. C’est la raison pour laquelle il faut complètement changer de stratégie si on veut pour le Québec à moyen terme un modèle qui crée une distance du religieux tout en le tolérant en tout respect pour les Chartes dans l’espace public, par ailleurs déclaré laïque. Dans ce sens, je vous propose mon texte , il est le plus récent d’une série d’environ 90 depuis le 28 déc. 2012 alors que le Devoir en avait publié un premier intitulé D’ABORD EMMAILLOTER LE CRUCIFIX.Sans compter que j’ai présenté mes propositions également en Commission parlementaire le 23 janvier 2014.

    Note: j’ai dans les derniers jours adressé une lettre à l’Assemblée des Évêques du Québec les invitant à demander à Philippe Couillard que le crucifix de l’Assemblée nationale soit remplacé ( si cette lettre vous intéresse, il me ferait plaisir de vous l’envoyer…) Je sais que l’ouverture de votre part peut être mince ( après tout un organisme de combat ça ne recule pas facilement ) mais naïvement pourrais-je dire, peut-être que la laïcité d’une journée pourrait vous intéresser? …ne serait-ce pas mieux que le RIEN qui nous attend avec le projet de loi 62 ?
    OSER UN MODÈLE DE LAÏCITÉ QUI RASSEMBLE
    Ce modèle n’est pas celui du projet de loi 62 de la ministre Vallée déposé le 10 juin dernier. Car essentiellement, il est une reproduction du multiculturalisme canadien appliquée à la neutralité de l’État. Celui-ci est déclaré neutre à l’endroit de ses agents , qu’ils portent ou non un signe religieux au travail. C’est là une position que rejette une majorité de Québécois.
    Par contre, le modèle que proposait Bernard Drainville avec son projet de loi 60 était d’inspiration française ou républicaine. L’interdiction du port d’un signe religieux ostentatoire à quiconque travaille dans les institutions publiques devait assurer que les services soient rendus par des citoyens d’apparence laïque, ce qui devait garantir la neutralité de l’État. Les minorités religieuses s’y sont opposées férocement appuyés par des multiculturalistes canadiens de tout acabit au nom des chartes des droits.
    Et avant même que le projet ne s’écroule avec la défaite électorale du Parti québécois le 7 avril 2014, Guy Rocher ,universitaire émérite et signataire, en particulier , avec Bernard Landry et Louise Beaudoin, le 16 mars 2010, d’une Déclaration des Intellectuels pour la laïcité avait , en commission parlementaire le 22 janvier 2014, en quelque sorte retraité, suggérant de respecter les droits acquis et d’appliquer les mesures du projet de loi 60 qu’aux futurs personnels des institutions publiques. Ce recul, en particulier, provoqua des divisions au sein même du Parti québécois lesquelles apparurent tôt après la défaite.

    Bref, ce long débat d’abord sur une Charte des valeurs, puis de laïcité , puis des valeurs de la laïcité ,puis maintenant exclusivement sur la neutralité de l’État, surtout si le projet de loi 62 est adopté à peu près tel quel, ne créera pas une plus -value pour la culture , l’identité et l’unité des Québécois mais plutôt risque , au final, d’être une triste source ,une de plus, de chicane et d’enlisement national.
    D’autant plus que la seule option politiquement en réserve, celle de la CAQ et, depuis sa course à la chefferie, celle aussi du PQ ( interdiction de signe religieux applicable exclusivement aux juges ,policiers et enseignants ) dans l’hypothèse d’un éventuel renversement de gouvernement en 2018, serait discriminatoire si elle refaisait surface, du seul fait que seuls certains agents de l’État devraient porter le fardeau de sa neutralité . Les Québécois seraient donc peu à l’aise avec cette conscription obligatoire pour la laïcité réservée à certains personnels seulement.
    Misère! Quelque chose peut-il être fait pour éviter un embourbement définitif ? Si oui, des voix devront se faire entendre pour réclamer du gouvernement une reprise de ce débat avec comme objectif de trouver un modèle de laïcité d’application universelle qui unirait tous les Québécois. Ce pourrait être une commission itinérante formée de personnalités de toutes les tendances qui remettrait un rapport à l’automne au gouvernement ,en fait une proposition d’amélioration voire une contre-proposition au projet de loi 62 .
    Une chose est certaine, le modèle multiculturel de laïcité , les Québécois n’en veulent pas et le modèle républicain, il n’est plus certain qu’ ils en veulent , alors, c’est au moins ça d’acquis après tous ces mois de débat. Le dialogue peut donc reprendre sur des bases nouvelles.
    Sans exclure qu’il peut y en avoir d’autres, je me permets de suggérer les miennes en quatre temps, lesquelles ont été présentées en Commission parlementaire le 23 janvier 2014 mais dont la présentation ici est revue et corrigée à la suite de certains commentaires provenant d’amis ou de lecteurs:
    1) Ne plus définir la laïcité par l’interdiction faite au personnel des institutions publiques de porter un signe religieux, fut-il ostentatoire. Y préférer le concept suivant: définir la laïcité comme étant la primauté de la liberté de conscience sur la liberté de religion dans les espaces publiques éventuellement déclarés laïques.
    2)Pour rappeler cette primauté , à chaque année, une journée sera dédiée à la laïcité. Pour la célébrer, entre autres manifestations, les personnels des institutions publiques seront invités , pour ce seul jour, à laisser à la maison tout signe religieux.
    3) Concernant le crucifix de l’Assemblée nationale, celui-ci pourrait être déplacé et remplacé par l’inscription de trois de nos valeurs identitaires les plus chères qui enrichissent nos valeurs fondamentales, celles de la Charte des droits et libertés de la personne , soit : LA LIBERTÉ, LA FIDÉLITÉ,LE PARTAGE
    4) Maintenir la présence d’objet religieux dans les institutions publiques dorénavant laïques y compris le port personnel de signes religieux en leurs ajoutant, cependant, par convention démocratique ,votée si possible à l’unanimité par l’Assemblée nationale , un sens nouveau ,celui de représenter ce trio de valeurs que nous voulons rassembleuses pour le tout le Québec.
    Si majorité et minorités, nous osions ce modèle de laïcité ou un autre susceptible d’unir tous les Québécois, ce serait un grand pas en avant et la preuve qu’entre le multiculturalisme et le républicanisme, l’interculturalisme est possible et est la voie à suivre dans notre gestion de la diversité. Laquelle devrait éventuellement être protégée par une couverture légale.
    Denis Forcier, 91 Clermont, Shefford, J2M1X3, tel: 450-361-3311
    9 juillet 2015


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